Le basculement de couleurs et de caméra tout
au long du film, en accord avec l'histoire dramatique, permet de comprendre
parfaitement ce qui a fait chavirer les héros
(anti-héros ?) jusqu’au drame final alors que ceux-ci n’avaient rien
demandé. Et c’est bien ce qui fait très peur : cette sensation que latragédie était écrite et pouvait arriver à
n’importe qui. Au-delà de la polémique engendrée par ce film (avec les scènes
crues, la violence gratuite) , les réflexions qu’elle impose (pour ou contre la
vengeance ?), il n’est pas possible de rester indifférent. On aime ou on
n’aime pas ce genre. Personnellement je trouve qu’il y a des idées
intéressantes par la forme mais par le fond j’en suis beaucoup moins persuadé.
Et c’est bien ce qui me travaille… Cette propension à la violence, qui conduit
à la mort d'un innocent, prolonge encore la réflexion
sur la vengeance aveugle car ce n'est pas le violeur
qui est tué mais un autre client de la boîte de nuit
sous le regard du vrai coupable fasciné. J’avais eu le même trouble en regardant le
film « Crash » de Cronenberg,
qui ose prendre le spectateur aux tripes. En conséquence, je vous laisserai seul
juge en n’attribuant aucune note. On pourrait apposer 0/20 comme on pourrait noter
20/20 un film comme celui-ci, unique en son genre. Regardez les réactions suscitées
en cliquant sur l'extincteur.
Attention cependant
à deux scènes extrêmement violentes,
paroxystiques à souhait, et qui marqueront tous les esprits. Celle de l’agression
avec l’extincteur, puis celle du viol qui sont quasi-insoutenables.
Provocateur, ce film avait causé la nausée de nombreuses personnes lors de sa
représentation au festival de Cannes 2002qui durent être évacuées suite à des malaises (environ 200 personnes sur
2800 tout de même). La scène du viol est pourtant « truquée »
(heureusement !), et le sexe du violeur que l’on voit brièvement a été
rajouté numériquement. Il n’empêche que l'émotivité de certaines personnes
peut en être affectée, c’est avec une mise en garde nécessaire qu’il convient
de considérer « Irreversible ».
Film choc, film coup de poing, les qualificatifs excessifs
ne manqueront pas pour le désigner. Copier par la forme sur le film
« Memento » (c’est-à-dire que l’on commence par la fin pour revenir
vers le début), il s’en éloigne par sa représentation pratiquement en temps
réel et très sombre. On commence par le générique de fin pour revenir 1h30 plus
tard au début du film. L’action se passe un samedi en pleine nuit , et le
climat instauré par cette obscurité donne une impression malsaine et
glauque. Pourtant on s’en éloigne au fur et à mesure que l’on avance (ou plus
exactement « recule ») dans l'histoire. Les mouvements de caméras
sont très particuliers, tournoyant, nauséeux comme la tragédie qui va survenir.
Les couleurs sont ténébreuses ou rougeâtres et confèrent ce sentiment
d’insécurité et de basculement. A chaque transition vers une scène ultérieure,
la caméra se fige sur des lumières artificielles. Les seules couleurs positives
se retrouvent alors en toute fin de film, avec les enfants qui jouent sur la
pelouse verte-émeraude, près d'un jet d'eau, sous un superbe ciel bleu.
Alex
(Monica Bellucci)
Pierre vient d’être arrêté par la police à la
sortie d’une boite de nuit homosexuelle. Son ami Marcus, complètement groggy,
est transporté au même instant par les pompiers. Pierre voulait en fait
protéger Marcus qui allait se faire lyncher et pour cela, il a tué avec une
sauvagerie inouïe devant les clients médusés un individu. Quelques heures plus
tôt, une femme avait été violée. Il s'agissait
de l’amie de Marcus, l’ex-femme de Pierre.